Soumis par Jeff Purtle le sam 10/09/2016 - 21:16
Claude Gordon

Pourquoi tant de personnes ont fait tant de kilomètres pour étudier avec Claude Gordon ? Pourquoi est-il unique ? Pourquoi tant de gens lui doivent leur carrière ? 

Claude était singulier de par le contenu de son enseignement et son approche de ce dernier. Son principe de base était que tous les grands trompettistes jouent de la même manière. Il a compris que jouer « comme il faut » transcende tous les genres de musique et n’a pas pris le chemin de ceux qui enseignent des solos. 

En supposant que Claude avait raison, on doit se demander pourquoi il a eu plus de succès que d’autres qui comprennaient les fondamentaux aussi bien que lui. La réponse étant qu’il  a appliqué ces connaissances différemment de la plupart des autres professeurs. Son enseignement a toujours été très spécifique, avec des routines écrites inscrites dans un système, avec un développement planifié par étapes. 

Nous ne sommes jamais passés directement à la dernière page d’un livre ou passé de sujets en sujets de manière chaotique. 

Claude avait un ligne directrice pour chaque étudiant et savait comment il allait emmener l’élève au travers de son enseignement et développer un jeu de qualité. 

Une des remarques de Claude au sujet de Herbert L. Clarke, une légende du cornet, était qu’il lui avait enseigné comment réfléchir. C’est un point commun à tous ceux qui ont suivi des cours avec Claude. Du fait de son approche structurée, les élèves savent comment extraire le savoir de n’importe quelle méthode et l’implémenter dans leur routine de travail. 

Le noyau de l’enseignement de Claude se situe dans les fondamentaux, connus sous le nom des «7 éléments». 

Le postulat qu’il existe qu’une seule manière de jouer se réfère à ces sept éléments. En soulignant sa pensée et sa compréhension que les lois de la nature sont immuables. Les lois de la nature gouvernent la trompette comme quoi que ce soit d’autre. Il a fréquemment représenté ce concept en comparant à son avion et comment l’on peut comprendre ces lois et ainsi éliminer les craintes que l’on peut avoir dans l’apprentissage des cuivres. Cela pouvait être source de conflits avec ceux qui ne comprenaient pas les choses sous cet angle… 

Dans la suite, vous trouverez un résumé des 7 éléments de base avec un bref commentaire et leurs implications dans le jeu de la trompette.

 Chaque élément a pour vocation d’interagir avec les autres en harmonie. Si l’un d’entre eux dysfonctionne, on va au devant de soucis. 

Ces principes sont également présents dans « Setting up Drills » de Clarke ce qui nous montre que Claude a eu exactement la même approche que Clarke. Ayant été son élève pendant 10 ans, l’œuvre de Claude « Brass Playing isn’t harder than deep breathing » a été mal compris par certains de par son focus sur la respiration. Ce focus signifie que lorsque tout fonctionne correctement, jouer devient aussi simple que prendre une grande inspiration, ce que chacun sait faire. En structurant sa pratique de manière adéquat, cela peut être instauré en tant qu’habitude afin d’atteindre tous les summums par lesquels sont passés les plus grands. 

Les 7 éléments de base :

1.La force du souffle:

La force du souffle représente la force par laquelle l’air est projetée lorsqu’on souffle. La puissance doit être développée avant le contrôle. Ainsi, au départ, on ne doit pas doucement. 

Le jeu « doux » demande beaucoup d’énergie et d’autant plus de contrôle. Cela doit venir plus tard. Sinon, vous n’aurez ni puissance ni contrôle. Respirer correctement implique une bonne posture et prendre une grande inspiration à chaque fois que l’on va jouer. Claude résume en disant « Grande inspiration, poitrine bombée ». Si votre poitrine s’affaisse vous perdrez toute la puissance. Il est désormais de notoriété que la respiration diaphragmatique est un non sens et source de confusion dans le jeu des cuivres. 

La force du souffle est développée au travers d’exercices de respiration, la pratique des sons filés résultant dans la contraction isométrique des muscles de la respiration et la pratique d’exercice de tessiture. 

2. La langue

La langue est peut être l’élément le plus incompris. Elle fait plus qu’articuler. En premier lieu, il faudra intégrer qu’elle contrôle la vitesse d’air sortant de la bouche. Le joueur jouant plus haut, la langue doit s’arquer et avancer, comme si l’on prononçait la voyelle « Eee ». En descendant, la langue s’aplatit : « Aaa ». Les niveaux de la langue vont plus loin : pour chaque note, la langue a une forme ou position spécifique. Bien comprendre cela aide à comprendre comment sont réellement jouées les notes aiguës. Une grande vitesse d’émission permet de faire vibrer les lèvres pour une note haute. 

 

Un détaché correct fait sens rapporté aux différentes hauteurs de la langue. Le bout de la langue doit toujours être légèrement en contact avec la partie haute des dents du bas. La partie centrale de la langue, du côté du bout de la langue, doit être utilisée pour prononcer le « T » de l’attaque. Claude se réfère à ça avec le terme de « K tongue modified »  ou « KTM » car c’est proche du détaché « K » mais plus en avant sur la langue. Détacher d’une autre manière(par ex la langue allant vers les dents du haut) perturbera l’arcade de la langue en avant dans la bouche et le mouvement de la langue. 

Bien comprendre les idées énoncées plus haut permettra de comprendre comment jouer facilement et avec dextérité dans le registre extrême aigu sans faire craquer les notes et les détacher correctement. Tout le monde use des différentes hauteurs de langue en jouant, et ce, même s’ils n’en ont pas conscience. KTM n’est pas enseigné et par conséquence compris par beaucoup de gens. Cela s’apprend en pratiquant ! 

 

3. Contrôle du souffle

Contrôler son souffle c’est maitriser l’air produit par la puissance du souffle. Le musicien apprend cela d’abord en jouant plus fort en montant et moins en descendant. La résistance augmente la pression de l’air lorsque la langue s’arque. Si le musicien joue trop doucement la note ne sortira pas, « Ne jamais jouer plus doux qu’un son bien établi » était l’une des phrases clé de Claude. La puissance du souffle et les hauteurs de la langue doivent travailler de manière coordonnée. « L’air fait le travail, la langue guide la note »  était une autre de ses phrases favorite… 

Le musicien évoluant, d’autres aspects du contrôle peuvent être étudiés. Jouer plusieurs fois en une inspiration, jouer en murmurant et jouer doucement en montant font partie des qualités qui nécessitent beaucoup de travail et qui viennent après que la colonne d’air soit en place. 

4. Les doigts de la main droite

Les doigts de la main droite font référence à une position correcte de la main. Les valves doivent être frappées par les extrémités des doigts et non pas appuyées du bout des doigts. Les doigts doivent être suffisamment élevés au dessus des valves dans le but de développer une réaction mécanique adéquate. Cela n’est pas plus lent contrairement à ce qu’on pourrait penser. En fait, cela développe une plus grande vélocité.  Le pouce droit doit être tout droit et légèrement sur le côté du premier piston du côté de l’embouchure. Cela positionne les doigts dans une position relaxée mais néanmoins favorisant une action des doigts optimale sur les valves. Le petit doigt devrait être en dehors du crochet pour favoriser la mobilité de l’annulaire. Les doigts de la main droite sont souvent utilisés en concordance avec le contrôle du souffle, permettant de jouer précisément et rapidement des exercices en une inspiration. 

5. La main gauche

La main gauche supporte tout le poids de l’instrument dans le but de permettre aux doigts de la main droite de bouger librement. La tenue doit être ferme avec un poignet souple qui accompagne les mouvements de la tête et la mâchoire. Le piston doit reposer dans la paume de la main. Il faut se sentir en contrôle de l’instrument « You are the boss! » CG. Les pistons doivent servir de repère pour tenir l’instrument droit et ne pas interférer avec la relaxation des doigts de la main droite. 

6. Les muscles faciaux

Ces muscles on pour fonction de s’ajuster pour maintenir la vibration des lèvres. Ils sont légèrement contractés lorsqu’on monte et se relâchent à la descente. Veiller à ne pas exagérer ces mouvements. Tous les élèves de CG ont entendu « Oublie tes lèvres »! » à chaque fois qu’ils se souciaient de leur position ou embouchure. Cette contraction perpétuelle est très importante et ne doit pas tomber dans des excès du type sourire, pincement, embrassade ou tout autre mouvements pas naturel pour les trompettistes. Une pratique correcte des exercices des positions de la langue en accentuant les notes hautes(puissance et contrôle du souffle) unifie toutes les éléments et fait fonctionner correctement les muscles du visage. 

7. Les lèvres

La seule fonction des lèvres est de vibrer. Elle sont un médium comme un hautparleur ou les anches d’un hautbois par exemple. D’autres éléments contribuent à leur vibration. La force du souffle et le niveau de la langue le permettent. Il y a, malgré tout, une position favorable à cette équilibre. Placer l’embouchure aux 2/3 de la lèvre supérieure permet d’avoir une belle vibration. La capacité de jouer très aigu n’a rien à voir avec la musculature des lèvres. Les lèvres doivent être flexibles et réactives. Il faut veiller à les ménager et ne pas affecter leur vibration. Eviter les exercices du type buzzing, embouchure étroites et sons filés qui soi disant développent la musculature. Economisez vous en enlevant l’embouchure de vos lèvres pendant les temps de repos pour éviter les tensions et développer de mauvaises habitudes. Pratiquer les notes pédale et les exercices de souplesse de la langue pour développer une belle vibration, en oubliant ses lèvres et ainsi éviter les erreurs liées à trop d’attention portée aux lèvres.

En conclusion, arrêtez de croire que vous avez besoin de talent ou de chance. La chance n’existe pas! Il faut éviter les « astuces/secrets » et « ne pas suivre la tradition et utiliser votre cervelle » comme disait Clarke il y a plus d’un siècle.